Marocains sahraouis retenus dans les camps de Tindouf : quel statut et quel avenir ?

tindouf-sequestresDans la majorité des cas, les personnes réfugiées, ou les mouvements massifs des populations d’un pays à un autre, sont souvent les conséquences de bouleversements politiques ou économiques qui donnent lieu à des déplacements de personnes innocentes. Les réfugiés reprennent en principe le chemin du retour chez eux à la suite d’une trêve, qui signifie à l’origine, une sécurité ou un retour à la situation normale qui a prévalue avant leur exode, volontaire ou forcée.

Dans le cas des détenus sahraouis à Tindouf, et malgré les dénonciations du Maroc ainsi que les appels de la communauté internationale, des solutions pratiques n’ont jamais été aussi loin d’être trouvées à leurs problèmes. Déplacés par force de leur terre natale par des mercenaires et sous escorte et menaces des militaires espagnols et algériens, ils se trouvent depuis plus de quatre décennies cloîtrés dans des camps, privés de l’exercice des droits humains les plus élémentaires.

Tous les observateurs, médias, ONG ou délégués d’organisations internationales, et qui ont visités les camps de Tindouf, appelés pudiquement « camps de réfugiés ou d’hébergement », s’accordent à reconnaitre dans leur majorité qu’il s’agit bien de camps de concentration. La définition donnée par le dictionnaire Larousse est : « camps de concentration : camps dans lequel sont rassemblés, sous surveillance militaire et policière, soit des populations civiles de nationalité ennemie, soit des prisonniers ou détenus politiques ». Il s’agit de pratiques héritées du communisme et du fascisme. Les droits de l’Homme n’existent pas, les individus sont faits pour obéir soumis aux caprices des chefs et de l’appareil sécuritaire. De telles pratiques rappellent aussi les nazis, pour lesquels toute volonté populaire est anesthésiée, la dignité humaine bafouée, c’est-à-dire un pouvoir totalitaire qui fait usage des crimes les plus abominables contre des enfants, des femmes et des hommes sans défense.

Dans une étude détaillée, l’ex-juge et ex-diplomate algérien, Mohammed Bedjaoui démontre que le droit d’asile permanant, réside seulement dans l’accent qu’il met sur l’obligation pour les Etats d’octroyer un refuge temporaire aux personnes qui se trouvent dans l’impossibilité de retourner dans leurs pays d’origines. Monsieur Bedjaoui met l’accent sur l’obligation pour les Etats de n’accorder aux réfugiés qu’un refuge temporaire et de leur faciliter les conditions de retour chez eux.

L’Algérie, pays musulman, les déplacés sahraouis dans son territoire sont aussi des musulmans sunnites, l’importance de l’asile dans l’islam ne s’explique pas uniquement par son caractère universel, mais également par une certaine vision de l’homme placé au centre de la création. La protection de l’homme et de ses droits, y compris sa liberté de mouvements, est manifestée dans le verset coranique suivant : « nous avons honoré les fils d’Adam, nous avons facilité leurs circulations sur terre et sur mer, nous leurs avons procuré d’agréables nourritures ».

Connu par sa longue tradition de terre d’accueil et d’asile, le Maroc a, à partir du VIIème siècle et au 1er siècle de l’Hégire, accueilli des réfugiés musulmans qui avaient fui à la suite des conflits religieux et politiques en Orient, comme il a accordé l’asile au maures (juifs et musulmans) après leur expulsion de l’Espagne catholique, à partir du 15ème siècle jusqu’au 17ème siècle. Le royaume avait reçu, sur son territoire, et soutenu ses frères algériens durant toute leur lutte contre le colonialisme français, depuis l’Emir Abdelkader jusqu’à l’indépendance. Comme l’écrivait Houcine Sefrioui : « le Maroc avait toujours réservé un bon accueil aux étrangers, jamais les minorités étrangères ne furent inquiétées à cause de leurs confessions non musulmanes ».

Le royaume du Maroc a adhéré à toutes les conventions internationales et régionales relatives aux droits de l’homme. Le préambule de la constitution marocaine telle que révisée en 1992 déclare : « conscient de la nécessité d’inscrire son action dans le cadre des organismes internationaux, dont il est membre actif et dynamique, le royaume du Maroc souscrit aux principes droits et obligations découlant des chartes desdits organismes et réaffirme son attachement au droits de l’Homme tels qu’ils sont universellement reconnus ». Le Maroc a toujours maintenu une bonne collaboration avec le HCR, dont il existe une délégation à Casablanca. Dans ses inlassables efforts, tendant à trouver une solution politique au conflit du Sahara et la migration forcée qui en résulte, le Maroc a autorisé le HCR à établir en 1999 une présence officielle à Laâyoune.

Au-delà des camps de concentration, ce sont les notions mêmes de justice et de liberté qui se trouvent en question. Les horreurs, incarnées par ces camps de Tindouf, ont détérioré l’image de l’Algérie. En voulant affronter deux thèses l’une consistant à opposer les droits de l’homme à ceux des peuples, l’autre les droits des peuples à ceux de l’homme. Le pouvoir algérien continu d’amalgamer dans des doctrines révolues, enfantées par une révolution qui appartient déjà à l’histoire.

Non identifiés dans leur majorité, non recensés et interdits de rentrer chez eux, les damnés de Tindouf, noyés dans un tout venant dans des camps de la honte, sont victimes de l’intolérance, forcés de rompre de façon abrupte leurs liens avec leurs terres, leurs passés et leurs familles. Aucun comportement n’est tolérable, aucun principe n’est légitime s’il ne respecte pas la dignité des hommes et leurs droits de vivre sur la voie qu’ils se sont tracés. Le Maroc se préparait depuis longtemps au grand retour de ses enfants séquestrés à Tindouf, mais l’Algérie refuse, malheureusement toujours d’appliquer la politique de la porte ouverte.

Aujourd’hui, alors que la vérité a éclaté au grand jour, n’est-il pas du devoir de la communauté internationale de sauver les damnés de Tindouf de l’exile forcée qui leur est imposé depuis plus de quarante ans, l’espérance pour un droit au retour est-elle brisée ?

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