Les arabes et les africains dans la tempête : l’année 2016 apportera-t-elle la concorde et la paix ?

arabes-africainsDu golfe à l’atlantique, les arabes et les africains et, avec eux, les musulmans vivent aujourd’hui des jours si imparfaits. Objet des jugements les plus contradictoires, sceptiques ou inquiets, toujours excessifs, le monde arabe et l’Afrique en réalité bougent : les tempêtes les assaillent, les transforment, et l’homme arabe et africain se cherchent ; accrochés à leur bouée de toujours, la religion, ils voguent vers l’inconnu avec les frémissements que procurent l’aventure en mer, ou dans le désert.

Le sentiment d’impuissance individuel et collectif qui se répand, ronge les ressorts les plus intimes des sociétés arabes et africaines et le terrain ne demeure pas moins fertile aux dérives suicidaires.

Les camps opposés de « la guerre froide arabe », nationalisme arabe et l’islam politique, ont éclaté en lutte des factions, mais le desserrement de leurs étaux n’a pas libéré les populations pour autant.

L’enjeu des conflits, désormais enchevêtré, demeure le même que celui posé un siècle plus tôt à la fin de l’empire Ottoman ; Il s’agit du droit des peuples arabes à la démocratie, droit dénié par l’intervention coloniale et droit confisqué lors des indépendances par le détournement des régimes militaires. Les raisons des régimes ont toujours pris le pas sur les raisons d’Etat et la population est implacablement sacrifiée à la préservation des intérêts de la clique dirigeante.

Ce scénario déjà tragique, vingt ans plutôt en Algérie, prend des allures de catastrophes historiques, à la mesure de la sauvagerie de la contre révolution. Dans toute sa complexité historique du mouvement de libération qui traverse les mondes arabe et africain depuis des décennies, les dictatures sont entrées dans une crise durable du fait de leur refus absolu de reconnaitre le peuple comme source de la souveraineté. C’est précisément l’objectif que poursuivent aujourd’hui les despotes, poussés à ne plus vouloir voir, ni comprendre les drames qui se déroulent dans leur pays entrainant sous les massacres les sens profonds du combat des peuples pour la liberté. Le poids de l’état, il faut le souligner, n’est pas, dans le monde arabe comme en Afrique, lié à la nature politique du régime ou à son orientation. Même un régime qui se dit « progressiste » peut écraser le citoyen avec le même talent qu’un régime réactionnaire. Seul le cynisme est absent. Telles semblent être les raisons du drame que vit le monde arabe depuis l’hécatombe algérienne, la crise irakienne, la crise syrienne dévastatrice, le piège yéménite, le détour libyen et une guerre globale avec des dizaines de milliers de victime, d’orphelins et de veuves et de files de milliers de demandeurs d’asile vers l’Europe.

Et puis, comme toujours et comme partout, les tendances à la facilité et les démons de la division eurent le dernier mot. Aujourd’hui la communauté arabo-musulmane et africaine est tiraillée par des idées, des ferments et des influences diverses. Sa vulnérabilité est d’autant plus grande

La légitimité constitutionnelle demeure centrale, elle finit toujours par s’imposer dans certains cas même, par des crises et des douleurs. Au Maroc, le roi Mohammed VI a désamorcé le potentiel le plus menaçant d’une contestation où islamistes et gauchistes défilent côte à côte en décidant la mise en chantier d’une nouvelle constitution. Preuve que, là où s’installe la démocratie, les craintes de déstabilisation disparaissent. Les atouts majeurs du Maroc et de la Tunisie dans leurs transitions démocratiques se sont révélées être la capacité des laïques et des islamistes à collaborer dans l’intérêt des pays refoulant les cauchemars d’éradication réciproques.

Il est à craindre que l’Afrique, en raison de la fragilité de ses états et leur faiblesse, en matière de maintien de la paix et de la sécurité, notamment dans le Sahel, ne devienne aujourd’hui le théâtre d’opérations de violences aveugles, car sur les huit conflits les plus meurtris et les plus dévastateurs du moment, six se déroulent en Afrique où la désintégration de la Libye alimente en armes les groupes djihadistes. Les risques de déflagration au Maghreb et en Afrique de l’ouest sont toujours présents. L’actuel conflit saharien entre Rabat et Alger souffle toujours les vents de la discorde. Au point où en est, le déchainement actuel des passions, les pires évènements seraient à craindre. Déjà le vieux Maghreb agonisant est bien mort et enterré, celui des états en tout cas condamné. La course à l’armement a commencé, il appartient maintenant aux peuples d’agir pour ne pas laisser insulter l’avenir et pour faire revivre l’idée de l’union sur de nouvelles bases.

Le conflit du Sahara et les problèmes divers qu’il pose ne trouveront en fait leurs justes solutions que dans la perspective d’une union régionale souhaitée à la base par les peuples. S’accommoder du morcellement actuel de notre communauté ou favoriser l’éclosion de nouveaux états, c’est opter en fait pour la maintenir dans la division et pour nous condamner à tourner en rond.

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