Disparition d’un grand maghrébin : Hocine AïT AHMED

ait-ahmedEn enterrant Hocine AÏT AHMED, l’Algérie a enterré la dernière figure de la révolution algérienne. Pays de clans, de régions et de familles, l’Algérie est toujours à la recherche de son identité. Les algériens, eux se savent berbères, arabes, musulmans et méditerranéens. Une richesse et une complexité qui leur ont toujours été refusées. Parviendront-ils un jour à s’entendre ?

Nul ne sait aujourd’hui quel pays va naitre sur les décombres de l’Algérie FLN et quand, car dans ce pays complexe, secret et plein de contradictions, les ingrédients de l’explosion sont toujours en place.

Avec la disparition de Hocine AÏT AHMED, c’est toute une page de l’Algérie qui est définitivement tournée. Cet artisan de la révolution part sans assister à l’avènement de l’Algérie dont il avait rêvé. Membre fondateur du mouvement de libération, AÏT AHMED n’a jamais baissé les bras, et poursuivit sa lutte réfutant toujours les accusations de ses adversaires qui lui reprochaient d’être trop berbérophone. Pour lui, il ne s’agit en aucun cas d’un problème ethnique mais d’un problème de démocratie, son insurrection armée au lendemain de l’indépendance de l’Algérie n’avait pas un mobile tribal mais une opposition à la dictature.

Pour ce partisan d’un Grand Maghreb tout court, sans qualificatif ni arabe, ni berbère, le grand Maghreb qui s’étend du fleuve du Sénégal au désert de Lybie et qui comprend la Mauritanie, le Maroc, l’Algérie, la Tunisie et la Lybie, en font un grand ensemble géographique humain et culturel.

Dans une interview accordée le 2 juin 2008 à la radio marocaine Medi 1, il avait exprimé sa colère et sa frustration énorme de voir les peuples du Maghreb divisés alors qu’ils étaient intimement liés sous l’oppression coloniale dans la résistance armée.

Des décennies sont passées, les rêves d’unification démocratiques du Maghreb ne sont pas encore réalisés. Les pays du Maghreb sont les seuls à ne pas avoir construit un ensemble régional comme en Europe, en Asie ou en Amérique Latine.

Pour le grand militant maghrébin, si les facteurs affectifs et culturels peuvent aider à instaurer un climat, l’heure est à la construction de l’avenir de nos enfants et non pas à la course aux armements. Plus d’un demi-siècle a été perdu. La meilleure manière de dépasser ce clivage est de créer une dynamique dans la société civile et de faire en sorte que celle-ci devienne le garant d’une alternative démocratique.

Figure emblématique du nationalisme maghrébin, homme politique de grande envergure, clairvoyant attaché viscéralement aux droits de l’homme, le défunt Hocine AÏT AHMED bénéficia durant toute sa vie d’actives sympathies, particulièrement au Maroc qu’il considérait comme sa seconde patrie et dans le monde qui apprécie son jugement et son esprit d’analyse et de synthèse. Il a défini le FFS comme étant un parti national modéré avec un encadrement national et une doctrine basée sur trois piliers : La démocratie, les droits de l’homme et un socialisme non bureaucratique.

La fidélité d’un homme politique à ses principes se mesure en politique dans les moments difficiles.

Hocine AIT AHMED est conscient que l’Algérie éprouve des difficultés de s’être engagé dans le conflit Saharien sans en prévoir une quelconque issue, même au niveau des options probables. Le chef historique du front des forces socialistes FFS, avait considéré pour sa part que l’Algérie était mal placée pour parler de l’autodétermination des populations du Sahara quand il refuse l’application de ce principe au peuple algérien lui-même.

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