Maroc-Algérie dos à dos. Panne d’histoire

frontiere-maroc-algerieLes peuples qui font fi, connaissent mal ou ignorent leur histoire, parient aveuglement parfois sur le pire. Miroir autant qu’inspirateur des profondes tendances, l’histoire a donné au sentiment de solidarité nationaliste et islamique dans les pays du Maghreb, pourtant combattu par la colonisation, une dimension politique bâtie autour de la devise du destin commun.

De tripoli à l’atlantique, le corps maghrébin, un tout, réagissait péniblement et spontanément chaque fois qu’une douleur est ressentie par l’une de ses parties. La déposition du défunt roi Mohammed V au Maroc, l’assassinat du syndicaliste tunisien Farhat Hachad et le soulèvement en Algérie pendant la guerre de libération, avait provoqué dans l’ensemble du Maghreb de violentes réactions populaires sauvagement réprimées par la colonisation.

Les grands partis politiques de l’époque, l’Istiqlal pour le Maroc, le Destour pour la Tunisie et le FLN pour l’Algérie, qui avaient lutté pour l’indépendance pour un front commun (le bureau du Maghreb Arabe au Caire), avaient, en 1958 dans une conférence tenue à Tanger au Maroc, tenté de jeter les bases de l’Union Maghrébine.

L’avènement de l’indépendance des pays maghrébins a produit « une histoire officielle » en forme d’épopées justificatrice des pouvoirs en place, la moindre critique des choix, des orientations politiques et économiques en est absente et dont l’impact a marqué une grande partie des générations nées après l’indépendance. Malgré cela, les sociétés maghrébines, quant à elles, sont restées armées d’une identité immuable héritée d’un long passé religieux. Ces sociétés forment toujours un bloc uniforme, que ne viendraient pas différenciés ni les influences idéologiques, ni les courants politiques, voir même les convictions ethniques.

Les nouvelles générations maghrébines, sous le choc des obstacles à toute tentative de mobilisation ou de motivation, se sont repliées sur des comportements de marginalisation, des idéologies extrémistes ou fondamentalistes et le désir d’immigrer dans les pays de l’Union Européenne, dont le modèle de civilisation est fortement perçu comme modèle de société et de sa relative proximité. Ces jeunes maghrébins déçus, alors qu’ils rêvaient d’un ensemble sans frontières ; qui malheureusement ne peut avoir lieu que dans un climat de paix intérieure et extérieure qui tarde à s’instaurer.

Les dirigeants politiques des deux pays qui constituent la locomotive du Maghreb et qui bloquent son intégration, en l’occurrence l’Algérie et le Maroc, semblent vouloir rester dos à dos préférant l’immobilisme actuel. Des susceptibilités coriaces continuent d’empoisonner le climat maghrébin depuis la guerre des sables en 1963, malgré des moments de rapprochement apparents, les deux pays vivaient, tantôt sous l’effet d’une rupture, tantôt sous l’effet d’une guerre de communication. Aujourd’hui, les responsables algériens et marocains s’avancent vers une grande querelle alors que la société maghrébine pleure en son cœur de vivre des jours si imparfaits. Les reproches réciproques que se faisaient les dirigeants maghrébins, sur un certain nombre d’actes de comportements ou de maladresses politiques ou diplomatiques qui ont été préjudiciables aux uns et aux autres mais jamais sans atteindre l’irréparable, ne peuvent en aucun cas justifier l’égoïsme, le manque de générosité et les visions rétrécies d’un avenir commun.

Les dissensions, qui se sont accumulées sur l’affaire du Sahara marocain, avaient atteint une ampleur politique qui a aggravé le climat de méfiance qui régnait déjà. Des soupçons d’hégémonismes sont cultivés ici ou là. Les nombreux plans proposés pour le règlement du conflit n’ont jamais abouti jusqu’ici. Le projet d’une large autonomie du Sahara proposé par le Maroc a été jugé comme étant sérieux et crédible par le conseil de sécurité, parce que de l’avis de certains Etats il permettrait à l’ensemble des populations du Sahara de s’autogouverner et à l’Algérie une sortie honorable de cet inextricable différent. Le refus du gouvernement algérien de répondre favorablement à l’appel du Maroc pour l’ouverture des frontières terrestres communes prouve que l’abîme est beaucoup plus profond qu’on ne le croyait.

Pourtant il est possible de sortir de ce cercle vicieux, pour cela il suffit de procéder à une évaluation de la situation, celle-ci souligne toute l’extrême urgence que les pays du Maghreb réalisent leur intégration, sans laquelle « il n’y aura pas de salut » le statu quo actuel n’est pas tenable, cette myopie politique ne devra pas faire oublier pour ne prendre, ne serait-ce qu’un seul exemple qu’à l’horizon 2020, autant dire demain, les pays de la région auront besoin, selon les prévisions économiques de créer des millions d’emplois.

La réconciliation est-elle enfin impossible entre le Maroc et l’Algérie, l’adversité entre le Maroc et l’Algérie dépasse t’elle le conflit du Sahara. Il faut choisir, si choix il y a, entre voisinage et volonté de domination.

Comme l’a déclaré le roi Mohammed VI dans son discours devant l’Assemblée Générale des Nations Unies, le 23 Septembre 2003 : «  le royaume du Maroc a fait le choix stratégique de la construction du Maghreb arabe en tant qu’espace pour la promotion de la paix et le développement de ses membres ».

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