Maghreb : Maroc Algérie, en attendant de meilleures perspectives

maroc-algerieFavorisés par la complémentarité économique et les affinités culturelles, les rapports entre les deux pays voisins, Maroc et Algérie, souffrent d’un blocage dû à leur désaccord sur le conflit du Sahara. Les deux pays disposent d’atouts communs pour jouer un rôle positif, tant au niveau régional qu’au niveau international. Les deux peuples partagent les mêmes langues, la même religion (l’islam sunnite de rite Malakite) et la même histoire, de l’antiquité à la colonisation française et au combat pour l’indépendance. L’Algérie et le Maroc disposent en outre d’un fond ethnique commun, les amazighs et les arabes. Incluant d’importantes régions et communautés amazighophones, revendicatives notamment dans le domaine culturel, les deux pays gagneraient à s’entendre pour gérer positivement ces caractéristiques communes.

La baisse de tension entre l’Algérie et le Maroc est susceptible logiquement, d’entrainer une réduction des dépenses militaires considérablement augmentées en raison du conflit du Sahara, ces fonds seraient affectées au développement technologique et humain et à la recherche scientifique en Algérie et au Maroc, tout autant que les autres pays du Maghreb  ont grandement besoin.

On peut également déceler, en matière de sécurité, au sens large du terme, des défis communs qui militent pour un rapprochement et une solidarité entre l’Algérie et le Maroc. Chacun des deux pays est confronté aux menaces, internes et externes, qui appellent une riposte vigoureuse et même bilatérale. Alger et Rabat pourraient et devraient à ce titre gérer en commun leurs multiples problèmes : le terrorisme, les revendications minoritaires, la drogue, la contrebande et faire face aux défis communs qui transcendent leurs frontières, dégradation écologique en tête, la problématique de l’eau et la sécheresse qui risque de devenir un phénomène structurel. Tout cela permettra de transformer ces contraintes en atouts en faveur d’une construction régionale.

Pour assurer la sécurité et prospérité du Maghreb, il est indispensable que les deux pays adoptent une attitude différente de celle qui a été la leur depuis l’indépendance. Car il faut admettre leur responsabilité dans le blocage de leur rapprochement.

De la guerre des sables en 1963 à la guerre froide qu’ils continuent à se livrer, l’Algérie et le Maroc sont en proie à une lutte quasi-permanente pour la suprématie au Maghreb, soit directement soit par alliés interposés. La persistance dans le discours revendicatif exprimé de temps à autre par certains courants nationalistes marocains irrite l’Algérie mais semble être favorisée par la position algérienne qui soutient le Polisario, cette position est assimilée par Rabat à de l’expansionnisme dans la mesure  où, pour les marocains, la création d’un état indépendant au Sahara a pour objectif, pour l’Algérie, de couper le Maroc de son prolongement africain et d’obtenir un débouché sur  l’Atlantique.

L’ONU qui assume les controverses de l’affaire saharienne cherche à transcender les difficultés dans la recherche d’une solution au conflit et contribue activement à éteindre ce foyer de tension qui a trop duré dans la région. L’organisation internationale à bout de patience tente de faciliter et d’encourager une solution politique négociable entre les deux parties, le Maroc et le Polisario et directement l’Algérie. Mais si le Maroc, l’Algérie et le Polisario affirment être disposés à s’y conformer, la légalité internationale à laquelle les protagonistes font référence ne semble pas avoir le même contenu ni la même portée. Le Maroc affirme par la voix de son roi Mohammed VI que la solution du conflit saharien « doit s’inscrire dans le cadre de la légalité internationale », il considère qu’il s’agit d’une affaire nationale dont le règlement par l’ONU doit confirmer la présence marocaine dans le territoire.

Le Polisario et l’Algérie continuent de s’accrocher à l’unique solution qu’ils réclament depuis le déclenchement du conflit de 1975 à savoir un règlement par la voie d’un référendum d’autodétermination des populations sahraouies. Or il faut reconnaitre que cette formule a été acceptée par le Maroc, mais s’est heurtée à la réalité sur le terrain, l’impossible recensement des populations et le dilemme de l’identification, difficultés liées au mode de vie et à la structure des populations sahraouies, il faut ajouter celles issues des conflits dont le territoire a été le théâtre depuis plusieurs décennies et qui a conduit à plusieurs époques un nombre important de sahraouis à se réfugier hors du territoire.

L’échec de l’option référendaire n’a indiqué ni la fin ni l’atténuation du conflit, mais son transfert à un autre mode de résolution. Le projet d’autonomie proposé par le Maroc et jugé comme une solution intermédiaire entre intégration et indépendance parait comme un compromis réel qui éviterait un  franc succès à l’une des parties et un échec total à l’autre et permettra d’assurer un règlement rapide et concerté du conflit. Le projet marocain a été jugé crédible par le conseil de sécurité et par plusieurs états membres de l’ONU et non les moindres, comme pouvant servir de base aux négociations entre le Maroc, l’Algérie et le Polisario.

En raison des dangers qui menacent la région, beaucoup de voix du Maghreb et d’ailleurs, soutiennent que l’avenir du Maghreb reste hypothéqué face à la solution de la question du Sahara. L’Algérie et le Maroc, en tant que pivots du Maghreb, ont un rôle essentiel à jouer dans son édification. Ils doivent être armés d’une volonté politique, d’une confiance à toute épreuve et d’une grande détermination pour transcender les obstacles. Les intérêts supérieurs des peuples de la région résident dans l’union plutôt que dans les démarches isolées et irrationnelles qui ont prévalu jusqu’ici. Devant cette situation, et en attendant de meilleures perspectives dans les relations algéro marocaines, les deux peuples et particulièrement les générations nouvelles sans projets d’avenir sont condamnés à l’exil ou au terrorisme.

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